Lettre à Jonathan
Westevenson CLOVIS
Auteur(trice) certifié(e) Asso FLECH
Cher Jonathan,
Je regarde par la fenêtre l’automne qui approche. Comme ce jour qui finit par faire corps avec toi, ton corps qui n’a pas cessé de célébrer et fêter la vie à son point culminant. Je me souviens de notre rencontre au carrefour des trois contrées. Tu n’étais pas encore cet homme qui voyageait dans toute l’Europe comme un vieux fou, mais tu avais la vie devant toi. À ce moment-là, je me nourrissais de rêveries et de fictions en passant mon temps à lire des poètes disparus. Toi, tu étais dans les tableaux, les œuvres d’art et les dessins animés. Ton idéal de vie dégageait déjà une forte séduction qui irriguait les saisons.
Depuis notre première rencontre en 2016, dans les couloirs de l’Université d’État d’Haïti, jusqu’à nos retrouvailles à Paris, la vie nous a offert des instants rares, de ces rencontres extraordinaires qui marquent une existence. Je me souviens encore de notre année de Licence 1, lors d’un exposé du vieux professeur du cours “Université et société” où tu étais rayonnant. Ton sourire illuminait la salle, chaque mot semblait porté par cette joie simple et sincère, et même les regards les plus sérieux ne pouvaient s’empêcher de suivre ton éclat. C’était déjà toi : un ami capable de rendre le quotidien lumineux, de transformer la peur ou le stress en légèreté, en rire partagé.
Paris fut notre théâtre secret. Nous nous retrouvions dans ses coins les plus inattendus : un café animé, un quai silencieux, une ruelle éclairée par les lampadaires du soir. La ville devenait complice de notre amitié, et chaque rencontre avait le goût de la surprise, comme si le hasard lui-même se réjouissait de nous voir sourire.
Je me souviens de nos rires en 2024, lors des répétitions pour le cortège du mariage de notre ami, Jean Stanley Charles (CJS). Quels hommes fûmes nous tous les deux: nous étions toujours en retard. Nous essayions de garder le sérieux des pas, mais la joie éclatait toujours en fou rire, et nos éclats de voix résonnaient plus fort que la musique. Nous marquions des pas indécis comme pour dire l’infini chant de l’amitié.
Je revois aussi cette soirée conviviale chez Wherley, avec l’association FLECH. Toi, le graphiste inspiré de l’association, tu avais ce soir-là une lumière particulière. Tu étais en feu, répandant autour de toi une énergie qui soulevait la pièce, et chacun sentait qu’il vivait un moment d’amour et de fraternité. Pour ne pas sombrer dans la dépression, tu vivais la vie comme un enfant, avec cette innocence radieuse, ce regard émerveillé qui trouvait la beauté partout. Ton sourire était un soleil, ton respect une brise douce, et ta présence transformait l’ordinaire en fête. Tu étais cet ami que tout le monde aurait aimé trouver pour ses voyages solitaires. L’autre évènement qui ne me quittera jamais, c’était cette nuit où on était à la petite discothèque de Châtelet, California, la nuit où l’on a discuté longuement sans compter les heures. Pour n’importe qui d’autre ce serait fou, mais, chez toi, la folie est la façon idéale de rencontrer la vie.
Au bout du rayon, tu as succombé. À quel moment as-tu décidé de prendre la route en sens inverse? On n’aura peut-être pas la réponse. Aujourd’hui, ton absence nous pèse, mais tes rires, tes gestes, tes couleurs de vie continuent de voyager en nous. Tu es encore cette étoile au-dessus des toits de Paris et toute l’Ile-de-France, ce rire qui traverse nos mémoires, cette voix amie qui nous dit : « la vie est belle quand on sait l’aimer simplement ».
Et maintenant, je retiens tout de toi en un souffle : les bancs de l’université, les rues de Paris, les répétitions de mariage et les soirées de FLECH, ton rire, ton feu, ton regard d’enfant, ton respect et ton amitié lumineuse. Tout cela compose la musique de ton passage parmi nous, une mélodie que je garderai toujours dans le cœur, comme un trésor que ni le temps ni la distance ne pourront jamais effacer.
Et quand je pense à toi, je vois un voyageur infatigable, un enfant dans le monde, un sourire toujours prêt à éclore, un ami fidèle qui savait transformer chaque instant en miracle. Tu nous as appris à savourer la vie dans sa légèreté, à rire sans retenue, à aimer sans condition, et à reconnaître la beauté dans chaque coin de rue, chaque rencontre, chaque regard.
Ton passage parmi nous reste un feu qui brûle doucement, un guide invisible qui continue d’illuminer nos souvenirs, et qui nous rappelle que certaines âmes, même parties trop tôt, ne cessent jamais de vivre en nous. En arrivant l’automne, je vois ton regard avec un roseau au visage et tes fous rires qui s'allument vers le large. On n’aurait jamais cru que tu nous quitterais ainsi. Puis Paris tant aimé te quitte pour Port-au-Prince de ton enfance, ta ville d’haleine dans la touffe des vents.
Avec une large blessure et d’espace au front, je te dis “repose en paix, mon camarade”.
Tes rencontres furent extraordinaires,
et ton souvenir demeure une étoile fidèle,
un éclat d’éternité qui jamais ne s’éteindra.
Ton camarade,
Bon voyage, Natho.
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À jamais dans nos cœurs, Natho.
C'était notre meilleur designer
Magnifique