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Nous, le vent et les saisons

6 min de lecture
WC

Westevenson CLOVIS

Auteur(trice) certifié(e) Asso FLECH

Nous, le vent et les saisons

C’est toujours comme ça, traverser une année est à chaque fois un défi auquel nous nous confrontons. Les années laissent toujours des traces, des marques dans nos vies en tant. Chacun, chacune, avec la singularité à laquelle l’année l’encombre, est un univers à découvrir. Nous sommes parfois si fragiles. Les années apportent toujours beaucoup. Quel bonheur de savoir que nous reverrons l’an prochain !

Avant de traverser, je voulais vous dire quelques mots qui viennent de la dernière goutte de mes vocabulaires raturés. Sans encombre ni débris d’embarquement, nous chantons la vallée des larmes. Nous, les Haïtiens, portons un lourd fardeau. Nous avons longtemps embarqué sur ce paquebot, comme pour chanter la liberté, pour fêter la vie. Peut-être un art de vivre en temps d’incertitudes : un chaos fatal. Nous ressentons les choses différemment lorsqu’on nous iimagine danser plutôt que pleurer. Ah, les événements ! Ils sont nombreux : la migration, les violences politiques, les désespoirs, les crises humanitaires, les violences criminelles et j’en passe. Nous sommes abîmés et paralysés par les vacarmes. Si nous assumons tout ce paradoxe, c’est pour dire que nous participerons, pour la deuxième fois, à la Coupe du monde, c’est aussi pour célébrer la victoire de Chef Leen au marathon Guinness, sans oublier la victoire de Yanick Lahens dans le grand prix du roman de l’Académie française.

Les Haïtien.ne.s. Il y a entre nous des liens si solides entre le jour et la nuit. Puis on nous appelle parfois passagères de nuit. C’est une fête ; un luxe total. Cette fois, nous partagerons un coup de bois-cochon ou un verre de Barbancourt. Si nous imposons deux boissons, c’est pour dire que, pour la troisième fois, le Barbancourt est classé deuxième rhum du monde. Une centaine d'albums musicaux réactive notre goût pour la musique. Tout cela fait penser à un peuple qui aime la vie, qui chante le ciel et la mer, nos montagnes, nos collines, nos rivières, et à plus forte raison, le doux cri des enfants. L’année a été plus bouleversante que d’ordinaire, et nous cramons dans toute la décade, que les politiciens, toujours comme s'en foutent carrément, ils consacrent leur temps à piller : toute leur table politique est servie par le camouflage. 

Nous remontons l’autre fauteuil pour dénoncer la violence au Soudan, au Congo, en Palestine. Les chiens sont toujours au rendez-vous. Ce sont eux qui planifient nos détours et nos décadences. Comment prétendre parler de démocratie sans dénoncer la politique de Netanyahu le con ? Paradoxe ! Des massacres, des génocides, des évasions et toutes les abominations pour faire l’apologie de la banalité du mal. Ils sont, entre autres, les gestionnaires zélés de l’indifférence mondiale, les comptables froids des corps sans nom, les stratèges d’un ordre qui ne se maintient que par la peur et l’écrasement. Pendant que les tribunes se remplissent de mots creux, paix, 

stabilité, sécurité, les cimetières, eux, débordent. On parle de valeurs universelles à géométrie variable, de droits humains conditionnels, de vies qui mériteraient d’être pleurées et d’autres qui peuvent être effacées sans procès : des vies non-archivées. Voilà le cœur du scandale : une démocratie qui se tait face aux massacres se transforme en façade, et le silence devient une complicité active. Nommer les crimes, dénoncer les politiques qui les organisent ou les justifient, ce n’est pas trahir la démocratie ; c’est tenter de la sauver de sa propre faillite morale.

Je veux partager avec vous dans cette fin d’année un poème d’un grand poète espagnol, José Goytisolo, poème transformé en chanson grâce à Paco Ibañez (ce grand chanteur exilé du franquisme en France et qui a accompagné des générations face aux violences politiques). Les deux peuvent nous accompagner comme ce vent qui pousse la vie. Je veux le partager avec vous avant de traverser l’océan demain. Il exprime ce que je vous souhaite et ce que je pense que nous devons garder en mémoire « malgré les temps incertains d’aujourd’hui ». Ce poème, Goytosolo l’a écrit pour sa fille. Ce poème n’a pas d’âge. On pourrait le fredonner doucement pour aborder ces derniers jours de l’année, malgré les océans, les montagnes, les prairies, les ravins, les forêts, les villes, les rues qui nous sépareront pendant cette fin d’année…jamais définitivement. 

José Agustín Goytisolo, 1979 (https://www.youtube.com/watch?v=Sa7T72nWa_A ) : chanson

Mots pour Julia (Version traduite de Palabras para Julia). (En espagnol a peut-être une force spéciale). C’est un poème bouleversant ! Il nous parle au-delà de ses mots dans le creux des utopies qu’il héberge de façon à la fois forte et précaire. 

Tu ne peux pas revenir en arrière

Car la vie te pousse déjà

Comme un hurlement interminable.

Ma fille, il vaut mieux vivre

Avec la joie des hommes

Que pleurer devant le mur aveugle.

Tu te sentiras acculée,

Tu te sentiras perdue ou seule,

Peut-être souhaiteras-tu ne jamais être née.

Je sais très bien qu'on te dira

Que la vie n'a pas de but,

Que c'est une affaire malheureuse.

Alors souviens-toi toujours

De ce qu'un jour j'ai écrit

En pensant à toi comme je le fais maintenant.

Un homme seul, une femme,

Ainsi pris isolément,

Sont comme de la poussière, ils ne sont rien.

Mais quand moi, je te parle à toi,

Quand je t'écris ces mots,

Je pense aussi à d'autres hommes.

Ton destin est lié aux autres,

Ton futur, c'est ta propre vie,

Ta dignité est celle de tous.

D'autres espèrent que tu résisteras,

Que ta joie les aidera,

Ta chanson parmi leurs chansons.

Alors souviens-toi toujours

De ce qu'un jour j'ai écrit

En pensant à toi comme je le fais maintenant.

Ne te rends jamais, ne te détourne jamais

Du chemin, ne dis jamais

"Je n'en peux plus, je reste ici".

La vie est belle, tu verras

Comment, malgré tout,

Tu auras de l'amour, tu auras des amis.

Pour le reste, il n'y a pas de choix

Et ce monde, tel qu'il est,

Sera tout ton patrimoine.

Pardonne-moi, je ne sais rien

Te dire de plus, mais comprends

Que moi aussi je poursuis mon chemin.

Et souviens-toi toujours

De ce qu'un jour j'ai écrit

Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année bien entouré-e-s de vos proches, de vos chers, chères , de vos amis-es encore là, ou absents-es ou parti-e-s mais qui nous accompagnent pour toujours.

Bien affectueusement,

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